Extrêmes droites — The Birth of the cool


par Mohamed Belhorma – Samedi 22 octobre 2011 – source ici.

De l’atlantique a l’Oural, l’extrême droite est en pleine croissance. Elle participe de plus en plus à l’exécutif et c’est souvent l’exploitation de leurs idées qui font basculer les élections. Pourtant cette extrême droite, jeune, fraîche, dynamique et conquérante, résiste à la synthèse. Malgré les apparences, le secret de la réussite de cette nouvelle extrême droite est qu’il n’y a eu aucun paradigme au niveau politique — rien n’a changé dans le fond — la seule et vraie mutation qu’a effectué l’extrême droite s’est faite dans le domaine médiatique et culturel. Explications.

Après la seconde guerre mondiale, l’extrême droite en Europe a fait profil bas, elle s’est faite moins visible sur l’espace public et, par conséquent, moins ostentatoire sur le champ culturel. Le fait notable, est que depuis 1945, l’extrême droite n’avait plus rien inventé dans les champs culturels : durant toute la seconde partie du 20eme siècle, soit ses membres ont perpétué le patrimoine culturel inventé avant guerre, soit ils ont « colonisé » une expression culturelle et sociologique qui était au préalable vierge d’idéologie: ce qui a été le cas de la culture skinhead. Ceux-ci en tant qu’idéologues minoritaires, extrémistes, protestataires, antisystème, ont su non pas se réinventer, ou se recréer mais se réaffirmer, grâce à la crise.

La fin de la honte d’être fafs a donc correspondu avec non pas une résurgence de l’uniforme nazi, mais avec l’occupation d’un espace sub-culturel. La distance que leur a procurée cette image contre-culturelle, ainsi que le soufre d’une esthétique virile, nantie d’une fierté de son identité prolétaire, a permis la naissance du Bonehead.

 Aujourd’hui 3 choses relient les extrêmes droites occidentales :

— leurs succès électoraux et/ou idéologiques,

— l’instauration du musulman comme une « Exo-civilisation »,

— une approche de l’espace médiatique et culturel totalement nouvelle et originale.

 Bizarrement, leur occupation croissante de l’espace électoral et politique a occulté le troisième champ qui est pourtant la raison fondamentale expliquant la conquête des domaines précédents.

Sur la scène artistique, le rock identitaire reste le fer de lance musicale de l’extrême droite. L’électro, le Gabber et l’electro-hardcore leur ont permis d’approcher une population éloignée de la scène rock.

Comme l’observe Stéphane François, la musique est suggestive par l’émotion, le gabber, le Hooliganisme, ou le rock identitaire, ont une fonction d’exutoire : ces espaces culturels sont utiles parce qu’ils offrent des looks spécifiques, des codes propres, bref, ils ont les qualités d’une subculture et donc une fonction de distinction. Pour la plupart, ce sont d’abord des espaces cathartiques, qui s’opposent au système et se doivent d’être esthétiquement et visuellement clivants et limités en membres. 

Ce profil rend les membres de ces subcultures très sensibles à l’embrigadement et, de ces espaces viennent généralement les militants les plus fervents : dans ces cas, c’est l’espace culturel qui pousse à l’engagement politique (souvent le plus radical) et non l’inverse.

La révolution qui a lieu aujourd’hui est le passage de ces cultures clivantes et distinctives vers une recherche d’intégration à d’autres sous-genres, de plus en plus nombreux et variés : du rockabilly au gothique, en passant par le folk, toutes les variantes du rock ont leur frange extrémiste, ou plutôt les extrémistes Écoutent et jouent de tout et plus seulement du OI et veillent à ce que cela se sache.

Dans leurs festivals, il y a toujours au moins un groupe de musique traditionnelle, voir de musique du moyen Age, voir une « World-Music » fusion entre les styles de diverses régions de leur occident : chorales, électriques, acoustiques, les grands festivals des extrémistes d’Europe, sont incroyablement éclectiques.

Mais le comble c’est que la scène artistique extrémiste revendique même une paternité sur le Jazz [1] ; selon eux, le meilleur de cette musique ne peut venir des noirs, ils ont même leurs rappeurs. Ils n’ont heureusement toujours pas osé monter un groupe de funk à ma connaissance mais… sait-on jamais !

Paris à l’avant-garde

Scoop : la capitale hype des fafs n’est pas Berlin mais… Paris ! Comme quoi, il reste encore une avant-garde à Paris. À la suite du projet Apache, entre autres, (un package qui comprend de nouvelles esthétiques, nouveaux symboles, des codes graphiques totalement réinventés et qui associent des événements culturels diversifiés), ce sont en France qu’on trouve les militants d’extrêmes droites les plus dures, donc les plus authentiques et traditionnelles, qui se mettent à produire de nouveaux signes. 

Du projet Apache à F.desouche, n’importe qui peut aujourd’hui se retrouver devant un site web, un fanzine, une affiche ou dans un concert identitaire sans jamais se rendre compte par les signes de l’orientation politique de cet espace médiatique.

Sur la scène socioculturelle, se sont les italiens de la Casa pound qui essaiment leur concept partout en Europe , et les français sont les plus enthousiastes pour reprendre ce concept (Serge Ayoub et Alain Soral). Lieux de volontariat, bénévolat, mais également espace d’expression culturelle et d’engagement écologique, ces endroits sont la copie exacte des espaces artistiques et socioculturels issus de la gauche en Europe ou les community centers américains.

Les membres de la Casa Pound montrent qu ils sont « positifs », ils veulent que les utilisateurs et visiteurs de leurs espaces fassent un lien immédiat entre leurs actions et leur positionnement politique, d’où une identité graphique beaucoup plus « patrimoniale ».

Œuvre social et fascisme n’était jusqu’à lors pas une association traditionnelle, la nouvelle pratique, elle, modifie les perceptions qu’ont les gens de la vieille esthétique fasciste (sachant que les graphistes de la Casa Pound veillent à rappeler l’esthétique traditionnelle sans jamais la resituer….on peut sentir l’inspiration dira-on….)

Niveau Fashion, les membres de l’English Defense League, s’habillent comme Monsieur tout le monde, leur seul signe de ralliement dans les manifestations (comme beaucoup d’identitaires actuels) est le drapeau national.

Ils ont le look d’un militant UMP ou PS ou une esthétique rockabbily, qui semble être le terrain vestimentaire « casual » qu’ils apprécient le plus (je les comprends), lorsqu’ils ne sont pas déjà bonehead ou simplement habillés de noir. Ceux qui ont participé aux « fights » et autres actions violentes, sont réticents à enlever leur uniforme signant leurs participations présentes ou passées aux « bastons ». Mais ce qui compte, c’est qu’ils ne sont plus du tout gênés, voir pas mécontents de voir les nouveaux styles, donc nouvelles personnes qui fréquentent leur environnement.

Même les plus traditionnels, les plus nostalgiques, les plus durs, ne portent plus le gros signe qui tache : pour faire simple, lorsque les fafs se rassemblent il n’y a plus cette unité de références, même si on peut déceler des affinités.

À l’ouest, on ne fait donc plus référence au nazisme. Les symboles cachés, comme par exemple le « NSDAP » de Lonsdale, le « 18 » ou « 88 » sur les maillots de foot, « svastika » ou doubles « S » cachés dans des figures géométriques font de plus en plus place à des signes culturels et non politiques.

La référence à l’Europe du nord préchrétienne, par Thor Steinar est en train de signer la fin des clins d’œil provoquants voir ostracisants au nazisme, et c’est sûrement l’un des symboles révélateurs du souhait de l’extrême droite de s’établir comme un mouvement contre-culturel mainstream. Et que cela vienne d’Allemagne est encore plus significatif : en coupant le cordon avec « le signe » la liant au nazisme, l’extrême droite a signifié clairement son évolution, mais peu de gens sont allés voir dans cette direction. Le bonehead à svastika existe toujours, il sert à fixer visuellement l’idée que l’extrême droite ressemble à celle d’hier et qu’on la verra venir avec ses gros sabots, et cela arrange bien les leaders politiques comme Marine et Geert. Le temps dont parlait George Orwell où le fascisme viendrait en chapeau melon et un parapluie bien roulé est-il arrivé ?

Pour moi, la quatrième vague de nationalisme dont parle Taguieff est d’abord et surtout la première vague depuis les années 1930 qui, associée au politique, donne un espace culturel original et donc un discours métapolitique enfin compétitif et avec d’abord une volonté de conquête.

Si, dans leur interprétation, une expression culturelle a bénéficié un jour de l’héritage blanc et occidental, cette culture devient légitime à leurs yeux comme le jazz par exemple. Dans ce cas, il leur suffit tout simplement de reléguer l’homme noir au rang de simple interprète…

Ils n’hésitent donc plus à aller dans tous les espaces possibles même si, comme le rap, ce n’est pas un espace « culturellement casher ». Ainsi, de la distinction, on évolue de plus en plus vers un jeu de gagne terrain : on peut parler de révolution.

The Beat generation

Qu’observe-t-on dans les meetings politiques ? L’extrême droite traditionnelle (celle de Golnisch en France) qui avait une certaine tolérance, pour ne pas dire sympathie pour les ouvrages révisionnistes, les symboles et images du passé, est en train de disparaître du paysage médiatique.

Tout ceux qui ont eu le malheur de poser avec un symbole nazis ou une main levée ainsi que tout ce qui fait référence à l’extrême droite d’hier, sont systématiquement exclus lorsqu’ils sont médiatisés, pas d’image ni de propos haineux, le discours est maîtrisé, « safe ».

Ils ne sont pas islamophobes, ce sont de simples lanceurs d’alertes, civilisés par filiation (non pas par l’éducation), qui tentent de prévenir les autres « victimes potentielles » du danger de « l’islamisme » et du « mondialisme ». Ils ne sont pas homophobes, ils ouvrent même des sections gays. Mais comme le montre l’enquête de Stéphane Hillion et Karim Rissouli, lors d’un meeting de Freysinger, des intervenants expliquent l’homosexualité par la psychiatrie. Ils ne sont pas antisémites, mais… écoutez-les parler de « mondialisme », de gouvernement mondial et de finances internationales….

Comment l’extrême droite se dépasse-t-elle ? Parce qu’il faut l’avouer, il y à 20 ans à peine, qui aurait imaginé l’extrême droite assumer l’idée de partager le même espace politique q’un homosexuel, ou voir leur représentants condamner officiellement la Shoah, ou bien même traîner avec Dieudonné?

Des politologues comme Piero Ignazi, ont essayé de proposer un modèle au coté du modèle traditionnel qu’ils appellent le modèle « post-industriel », c’est-à-dire une extrême droite ou les intérêts matériels ne sont pas centraux et ou les classes sociales ne sont pas définies.

Pourtant, ce ne sont pas sur les enjeux post-matérialistes que prospère l’extrême droite en Europe de l’ouest ou de l’est, au contraire : plus la crise est vive et plus ils gagnent en crédibilité.

Ne cherchons pas les cibles, cherchons plutôt dans quel ordre ils souhaitent les « traiter », ce que nous ont appris les soviétiques, c’est que les systèmes totalitaires ont la capacité de trouver continuellement des cibles… toujours parmi les fidèles d’hier.

Propagande

Comme Pierre Milza le souligne, Hitler est arrivé au pouvoir en proposant à la fois des solutions aux problèmes matériels, mais aussi parce qu’il proposait un package global à des problématiques que nous qualifierons aujourd’hui de post-modernes (défense de l’identité nationale, épuration du corps social, parole rendue au peuple, exclusion de l’ennemi intérieur et défense contre l’ennemi extérieur…).

De même, il souligne judicieusement que les manifestants parisiens de 1934 ne sont pas sortis dans la rue pour demander des augmentations de salaire, mais parce qu’ils voulaient signifier à la classe politique de l’époque leur souhait d’« assainir » la République.

L’extrême droite n’a pas évoluée dans son idéologie, mais dans sa médiation, dans un terrain qui avant-guerre était pour elle un terrain d’excellence, la propagande.

Les travaux de Pierre Milza montrent que l’effacement du terrain politique après 1945 a eu pour effet de voir la résurgence de l’extrême droite dans le champ jusque-là monopolisé par la gauche, celui de l’idéologie et de la culture : l’extrême droite aussi à eu sa Beat génération.

C’est en France que s’est effectuée il y a plus de 30 ans déjà la majeure partie des innovations dont bénéficie l’extrême droite de toute l’Europe aujourd’hui.

A cette époque, la génération d’extrémistes post 68 a fait des constats lucides sur leurs échecs, sur la scène politique et dans l’action violente (on oublie un peu vite que la France de cette époque était prés de basculer. Elle avait connu deux tentatives de coups d’états en 58 et 61, en sus des actions « d’occident » et des coups de force contre l’ultra-gauche entre la fin de la guerre d’Algérie et mai 68).

De plus, cette génération ayant moins de 30 ans dans les années 1970, se rendait compte que l’extrême droite sentait la naphtaline et qu’elle n’avait rien inventé depuis les années 1920-1930.

Ce groupe a donc décidé d’abandonner le milieu proprement politique, activiste ou légaliste, pour une longue période de réflexion devant aboutir à un réarmement dans le combat d’idée capable d’affronter la « problématique dominante ».

Sous l’égide d’Alain de Benoist, ils se positionnèrent sur un espace qu’ils ont appelé métapolitique et qu’ils définissent comme « le domaine des valeurs qui ne relèvent pas du politique au sens traditionnel de ce terme, mais qui ont une incidence sur la constance ou l’absence de consensus social régis par le politique. »

Donc, avant toute récupération d’astuces ou de méthodes issues du totalitarisme soviétique, l’ultra-droite a d’abord repris à l’ultra gauche la pensée d’Antonio Gramsci, théoricien du « pouvoir culturel ».

A la suite de cette révolution fut créé en janvier 1969 le groupement de recherche et d’étude pour les civilisations européennes (GRECE).

C’est sur le corpus des travaux du GRECE, ainsi que d’autres officines de pensée, qui avaient toutes pour volonté de produire un discours capable de séduire l’élite, que va se bâtir, 30 ans après, leur succès.

Dans un monde globalisé, l’analyse européocentrique de Breivik et de la mutation de l’extrême droite serait imparfaite si on n’incluait pas l’influence de l’extrême droite américaine dans la création d’un corpus commun à toute l’extrême droite occidentale.

 Aux travaux de Milza, il faut ajouter par exemple les enquêtes respectivement pour la BBC et ARTE, d’Adam Curtis « The Power of Nightmares » et de Daniel Schweizer « White Terror ».

Lone Wolf

Le second explique comment le néonazi de tradition européenne s’est vu transformé par les théories du suprématisme raciale de l’extrême droite US, au début des années 80, un KKK vieillissant a vue dans les boneheads une bonne réserve de sang neuf, et dans le même temps, a transmis aux mouvements comme Blood & Honor (d’origine Anglaise à la base, aujourd’hui mouvement international), la notion de guerre raciale, d’invasions, d’inversion de la domination (les blancs sont en train de disparaître et les blancs perdent la guerre raciale), les différences législatives entre les États-Unis et la vielle Europe, concernant la liberté d’expression, a fait de la première la terre vers laquelle les franges les plus extrêmes et violentes de l’extrême droite européenne se sont mises à regarder.

Pour preuve de cette influence américaine, l’intégration des « Slaves » dans la mouvance d’extrême droite : honnis par Hitler, dans la logique suprématiste de B&H, les néonazis russes sont devenus une avant-garde résistant face aux — ne riez pas — caucasiens…..

Mais surtout, l’importation de la logique du « lone wolf » dont Breivik est le premier exemple chez nous.

Adam Curtis, quant à lui, explique la modernisation de la communication de l’extrême droite occidentale inspirée par les néo-conservateurs : utilisation de la peur, storytelling exploitation de mythes. Sarkozy n’as pas été le seul à s’inspirer de la communication des neo-conservateurs, et surtout pas le premier.

Léo Strauss, mentor de la mouvance néo-conservatrice, postulait qu’une élite pouvait créer d’un mythe un mensonge, une fiction pour la servir aux masses afin d’atteindre un objectif.

Cet état des lieux nous permet enfin de simplifier le profil de cette extrême droite : il est parfois plus pertinent d’observer globalement l’ensemble des variations que subie la société que d’observer les points les plus voyants.

Stephen Jay Gould a expliqué dans « L’éventail du vivant » comment la disparition dans le base-ball du score de 400 à la batte a permis aux amateurs de ce sport de fournir des centaines d’explications à cette disparition -l’équivalent pour nous serait qu’un footballeur moderne puisse marquer plus de 13 buts en coupe du monde.

En analysant plusieurs données, Gould neutralise la portée symbolique de la disparition du score de 400 à la batte, en montrant qu’il est dû à une amélioration globale de la qualité dans tous les domaines de ce sport.

Ce que Gould a fait, en analysant un domaine où les données numériques sont plus nombreuses donc avec des valeurs statistiques plus claires et tranchées, est transposable dans notre situation : si l’extrémiste de droite ostensiblement nazie est de moins en moins visible, ce n’est pas que le nazisme a disparu, mais qu’il s’est amélioré dans tous ses domaines, notamment dans la propagande

Message to the messengers

L’extrême droite occidentale, comme toutes les extrêmes droites du monde (islamistes, hindous, israéliennes, etc.), est devenue plus performante en matière de propagande et de communication, apprenant les uns des autres et des anciens totalitarismes, mais surtout profitant au mieux des connaissances sur les médias et la communication.

La preuve c’est qu’ils collaborent les uns avec les autres ou bien s’exploitent entre eux de manière très pragmatique… paradoxal pour des gens de « valeurs ». S’ils acceptent les gays et les juifs comme l’EDL, Geert Wilders et Marine Le Pen et si la droite classique en France à l’approche des élections penche de plus en plus vers le FN comme les républicains en leur temps, ce n’est pas parce que l’extrême droite se renie ou qu’elle se dévalue : cela fait plus de 30 ans qu’elle élabore patiemment cet univers métapolitique.

Résultat, vous avez des sites comme « sur le ring » qui peut tenir la dragée haute aux Inrocks.

L’extrême droite a donc appris à cloisonner et codifier son discours pour éviter procès et mauvaise pub tout en faisant passer le message le plus radical possible.

Ils ont diversifié leur offre en s’adaptant au mieux à la demande : par exemple, pour les ados en mal de sensations et qui sur le net peuvent accéder a tout ce qui est imaginable en 3 clics, vous avez la culture underground des B&H; pour draguer les gens de gauche, vous avez la Riposte Laïque; pour ceux de droite, vous avez les identitaires new look et pour les musulmans vous avez Alain Soral et ainsi de suite… chacun en a finalement pour sa haine.

De tels grands écarts dans « la clientèle » ne signifie qu’une seule chose : il ne faut pas s’interroger sur ce que l’extrême droite vend et sur son véritable objectif, mais il faut regarder à qui elle le vend et comment. Pour finalement comprendre que quel que soit son objectif effectif, celui qu’elle cherche d’abord à atteindre, c’est « la gagne ».

Et pour atteindre cet objectif, elle à totalement remis a neuf l’arsenal de sa propagande.

 A change is gonna come 

 « Le plus effrayant dans le totalitarisme n’est pas qu’il commette des ’’atrocités’’, mais qu’il détruise la notion même de vérité objective : il prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir. » George Orwell.

De même, si le plus monstrueux chez Breivik sont les atrocités qu’il a commis, le plus effrayant est son manifeste, qui n’est pas une production originale : ne croyez surtout pas que Breivik est un novateur et qu’il est le premier à émettre ses idées. Il est seulement un consommateur qui restitue.

Cette vitalité de l’extrême droite en Europe, voire en occident inquiète : à la fois pour sa capacité d’embrigadement dans sa frange la plus extrême que dans son nouveau statut de machine à gagner politique.

Les lecteurs de Minorités, plus que d’autres, peuvent le ressentir car il y a un discours qui nous est adressé en tant qu’électeur et, en tant que minorités, nous avons tous un métadiscours qui est dirigé contre nous.

L’extrême droite nazie avait pour principe de haïr la culture, la nouvelle extrême droite initiée par la génération du GRECE a eu le génie d’en faire un vaisseau et de l’utiliser « à la manière de » en intégrant des épistémologues, des généticiens, des sociologues, etc… Ils ont généralisé le formalisme Scientiste, ils sont pseudo-scientifiques certes mais pluridisciplinaires.

Mais contrairement aux totalitarismes communistes, iraniens, talibans voire le Maccarthysme, ils ne cherchent pas à faire taire la culture qui objective. Ils profitent de ce qu’a observé Foucault sur la sexualité dans « Nous autres, Victoriens » où il explique l’augmentation de l’oppression paradoxalement avec la libéralisation du discours sur la sexualité.

L’extrême droite a visé les canaux de diffusion et d’expression à partir de la fin du 20e siècle, époque où les medias ont commencé à se multiplier proportionnellement à la dématérialisation des supports, jusqu’à notre époque, où chaque individu est devenu source médiatique, ce qui rend le contrôle des medias et la propagande classique impossible, c’est d’ailleurs ce que viennent d’apprendre les dictateurs arabes.

L’extrême droite  a compris avant les autres, que grâce à l’effet loupe de la multiplication des medias, elle n’a plus besoin d’agir directement sur le débat politique, mais sur ce que les politiques croient être l’opinion : pendant que les politiques classiques courent derrière le « populisme », l’extrême droite elle, le conçoit.

Voilà pourquoi les identitaires n’ont plus besoin de faire du lobbying pour que des élus de la république souhaitent censurer des artistes à cause de leur origine.

L’éducation

Ils nous font vivre dans la peur du Fascisme vert en Europe, ou même si tous les musulmans était des extrémistes ils ne seraient même pas capable de constituer une minorité de blocage dans les parlements : tant pis pour le fait, cette fiction de la guerre de civilisation devient une réalité dans les esprits, au point que chaque agissement d’un musulman est vu comme le prémisse d’une invasion. Si les musulmans prient dans la rue faute de mosquée, c’est une invasion; s’ils construisent des mosquées pour ne pas prier dans la rue, c’est une invasion. Si les filles portent le voile dans un collège, c’est qu’à 14 ans elles sont déjà des idéologues manipulatrices, pouvant endoctriner les chères têtes blondes. Mais si elles le portent dans la rue, se sont des femmes soumises et dominées par des hommes, violeurs et sexistes.

Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil, explique dans l’émission les « Grandes gueules » du 25 septembre dernier que l’exclusion des classes moyennes des quartiers populaires est due au communautarisme : 30 ans de déterminisme social et racial et des milliers d’études qui l’expliquent ont disparu devant la force du storytelling. Chapeau, l’extrême droite.

Lorsque le maire de Paris organise un évènement artistique à l’occasion du ramadan, on crie à l’attaque contre la laïcité ! On chasse les Roms sans répit, et on recommence à entendre les vielles histoires de délinquance et d’insalubrité.

L’Occident recommence à vouloir préférer vivre dans la fiction d’une majorité, mise en danger ou victime de minorités. L’existence de cette fiction doit nous alerter tout autant que leurs succès électoraux. S’il y a de grandes disparités dans les nationalismes européens, ce qu’ils font tous aujourd’hui, c’est qu’ils produisent la synchronicité théorisée par Jung par leur présence sur un maximum de terrain culturel.

Ils parsèment notre imaginaire de signes — en occupant de plus en plus et de mieux en mieux la culture — signes qui se voient renforcés par un ensemble de validations qui confirment l’information qu’on trouve signifiante.

Si vous croyez que l’Europe cours le risque de se voir dominer par le fascisme vert (alors que cela devrait plutôt inquiéter les égyptiens, là-bas les Frères Musulmans font peur avec les croisades), si vous pensez que les arabes sont homophobes, que la tolérance et l’altérité sont des qualités inhérentes à une civilisation comme Gérard Longuet pense, qu’il faut venir du « corps français traditionnel » et que s’appeler Louis Schweitzer vous rend plus compétent pour vous occuper de la HALDE que Malek Boutih… Si vous pensez que les immigrés africains sont sexistes et polygames, ou comme Finkelkraut qu’il y a trop de noirs en équipe de France… Si vous pensez que ce qui s’est passé avec l’équipe de France de football en Afrique du Sud est dû à l’origine et l’éducation, culturellement, trop différente des joueurs comme Benjamin Lancar et enfin si vous pensez qu’un éditorialiste du Figaro, journal conservateur par excellence, est devenue à 50 ans un rebelle contre-culturel qui se bat contre la pensée dominante des « anti-racistes ou des islamo-gauchistes », c’est que vos représentations valident l’option métapolitique de l’extrême droite.

Vous pouvez en effet être d’accord avec tout cela sans une seule fois vous considérer raciste ou nostalgique des chambres à gaz.

Puisque l’homophobie, l’antisémitisme, le sexisme, le non respect de la laïcité et des valeurs universelles, la délinquance, bref la barbarie, c’est l’autre… Sauf qu’aujourd’hui, ce n’est pas une question de race ni de genre, mais de culture !

Le voila le tour de passe-passe de l’extrême droite contemporaine, c’est de nous permettre de croire en barbarie de l’autre comme au bon vieux temps, sans avoir à porter le fardeau de l’héritage du bon vieux temps.

Voila pourquoi, ni Marine, ni Geert, ni Oscar, n’ont pas eu besoin d’évoluer, ils travaillent depuis 30 ans à faire évoluer notre univers mental, bien plus plastique et à même d’évoluer que leur vision du monde.

Et comme pour la sexualité, nous autres victoriens, nous avons vu l’oppression se mettre en œuvre, chez Breivik, à la fois par l’horreur et l’écriture d’un manifeste.

Les gens se trompent en pensant que le totalitarisme reviendra par la technologie. Malheureusement, le plus souvent, on ne retient qu’une seule chose de 1984, c’est « Big Brother is watching you » en oubliant tout ce qui est dit sur la manipulation de la culture et du métapolitique dans ce livre.

Nous somme tous inquiets pour l’avenir, mais notre difficulté majeure à ce jour est qu’à la différence du totalitarisme, quel qu’il soit, la démocratie n’apportera jamais aucune certitude sur les solutions aux problématiques que Laurent Chambon à décrit dans son article. La seule certitude de la démocratie, c’est les moyens que nous avons pour atteindre ces solutions.

Et dans ces moyens il ne faut pas oublier la culture, l’accès aux savoirs.

De Condorcet à ATD quart-monde en passant par l’éducation populaire, le combat pour la démocratie et contre les oppressions s’est fait aussi, je dirais d’abord, sur le terrain de l’éducation et de la culture.

Si aujourd’hui, grâce à la technologie, l’accès aux « contenus » et à la communication est de plus en plus démocratique, en parallèle l’accès au savoir, aux outils de l’objectivité, de l’analyse, bref les moyens de l’aptitude intellectuelle à la citoyenneté est de plus en plus sélective alors qu’elle devient de plus en plus importante face à la quantité d’information que nous recevons.

Maintenant que n’importe quel jeune peut accéder aux discours d’Al-quaida, de B&H, ou du KKK entre ses devoirs et son goûter, c’est surtout le fait qu’il ne fasse pas de philosophie, d’ethnologie, de sciences humaines en général qui m’inquiète.

Ce qui m’inquiète aussi, c’est le coût de l’éducation qui exclue de plus en plus de monde. L’éducation continue des jeunes adultes dans une situation famélique. Les financement des associations et ONG qui diminuent. L’utilisation du patrimoine culturel comme attrape touristes plutôt que comme lieux sociaux.

Ce qui m’inquiète, c’est de voir les policiers attendre les enfants sans-papiers à l’entrée des écoles ou bien l’expulsion des jeunes filles des lieux à même de les émanciper. Le fait que les quartiers les plus pauvres servent à former les jeunes profs plutôt que l’inverse, ou qu’on souhaite évaluer le niveau de délinquance à la maternelle.

Pour te répondre, mon cher Laurent Chambon, ce qui m’inquiète, ce n’est pas que l’extrême droite vise les élites, des cibles ils ont en tellement, c’est qu’ils visent les moyens que la démocratie a pour produire non pas des élites, mais des citoyens. 

« Le but de l’éducation totalitaire n’a jamais été d’inculquer des convictions mais de détruire la faculté de n’en former aucune. »

H.Arendt 

Notes

[1] EN : Tu dénies toutes racines noires au rock ? JM : Et même au jazz ! Qu’on me trouve, dans les musiques traditionnelles africaines, quelque chose qui ressemble même de loin au ragtime ou au blues : ça n’existe pas. Les rythmes du jazz primitif, on les trouve déjà tout armés dans les opérettes anglo-saxonnes du XIXe siècle ! Autant il est exact que les Noirs ont donné de magnifiques interprètes au jazz, plus rarement au rock, autant il est vrai que toutes les phases de son évolution ont été impulsées par des Blancs. C’est comme ça ! (Interview de Jack Marchal pour le livre Rock haine Roll)

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